Nous laissons derrière nous des milliers de photos, des comptes, des abonnements, des conversations. Sans préparation, ce patrimoine devient un casse-tête pour les proches, quand il ne disparaît pas tout simplement. Voici comment l'organiser, sans jargon et sans passer un week-end dessus.
Qu'est-ce que l'héritage numérique ?
C'est l'ensemble de ce que vous possédez ou produisez en ligne : photos et vidéos stockées dans le cloud, comptes de messagerie et de réseaux sociaux, abonnements, achats dématérialisés (musique, livres, jeux), documents administratifs numérisés, et parfois des actifs comme des noms de domaine ou des cryptomonnaies.
En France, la loi pour une République numérique de 2016 permet à chacun de définir des directives sur le sort de ses données après sa mort, générales ou spécifiques à un service. En pratique, peu de gens le font, et les plateformes appliquent leurs propres règles.
Les cinq chantiers, par ordre de priorité
- Les accès. Sans mot de passe principal, rien n'est récupérable. Utilisez un gestionnaire de mots de passe et prévoyez une personne de confiance qui pourra y accéder (la plupart proposent un « accès d'urgence »).
- Les photos et vidéos. Rassemblez-les dans un seul espace, triez ce qui compte vraiment, et partagez dès maintenant les albums importants avec la famille. Un album partagé survit à son créateur.
- Les comptes. Facebook et Google permettent de désigner un contact légataire qui pourra fermer ou transformer le compte en mémorial. Apple propose un contact légataire pour l'iCloud. Cela prend cinq minutes.
- Les abonnements et les paiements. Listez ce qui est prélevé automatiquement. Vos proches devront les résilier ; une liste leur évitera des mois de prélèvements et de courriers.
- Les mots que vous voulez laisser. C'est le chantier que tout le monde remet, et le seul qui ne peut pas être fait par quelqu'un d'autre. Voir plus bas.
Ce que les proches ne peuvent pas faire sans vous
Une fois le décès survenu, vos proches peuvent obtenir la clôture des comptes et parfois la récupération de données, avec un acte de décès et beaucoup de patience. Ils ne peuvent pas, en revanche, retrouver un message que vous n'avez jamais écrit, ni deviner ce que vous auriez voulu dire à chacun.
C'est pour cela que les lettres, photos commentées, enregistrements et vidéos destinés à des personnes précises méritent un espace à part, distinct du reste de votre vie numérique : un espace privé, que vous modifiez tant que vous êtes là, et qui n'est remis qu'après une vérification humaine du décès. C'est la raison d'être de DUNELIA.
Une checklist en une page
- Un gestionnaire de mots de passe avec un accès d'urgence désigné.
- Un contact légataire sur Google, Apple et Facebook.
- Un dossier « en cas de décès » (papier ou numérique) avec la liste des comptes, abonnements et contrats.
- Des albums partagés pour les photos qui comptent.
- Un espace pour vos messages posthumes, avec un destinataire désigné pour chacun.
Faites une chose par semaine. En un mois, l'essentiel est en place, et vous ne laisserez pas à vos proches une enquête à mener en plein deuil.